-A +A

Décès de Françoise Poirier

La Présidence de l'université et les directions de l'UFR Sciences du vivant et de l'Institut Jacques Monod ont la tristesse d'annoncer le décès de Françoise Poirier, Directrice de recherche au CNRS, chef d'équipe à l'Institut Jacques Monod, des suites d'une longue maladie. Leurs pensées vont à sa famille, ses proches et ses collègues.

Françoise Poirier démarre sa carrière dans le laboratoire du Docteur Georges Calothy à l'Institut Curie sur le campus d'Orsay. Elle y étudie les propriétés mitogènes du virus du sarcome de Rous (RSV) dans les cellules de neurorétine d'embryons de poulet. Elle montre en particulier que le pouvoir mitogène du RSV peut être dissocié de son pouvoir transformant et décrit une première analyse des relations entre la structure et les fonctions du gène src. Après sa thèse soutenue en 1984, elle rejoint le laboratoire de Peter Rigby au National Institute for Medical Research à Mill Hill en Angleterre où elle élabore un projet ambitieux visant à isoler des gènes spécifiquement exprimés dans les cellules souches embryonnaires. Ce travail lui permet d'identifier, en particulier, les gènes codant pour H19 et la lectine à affinité pour le lactose L-14 (plus tard appelée Galectine-1), sur lesquels porteront l'essentiel de ses futurs travaux.

En 1989, elle part à New York pour rejoindre l’équipe qu'Elizabeth Robertson vient juste de monter à Columbia University. Son projet est d’y poursuivre l’étude des gènes qu’elle a identifiés à Mill Hill. Elle y réalise l’inactivation de la L-14 par recombinaison homologue mais l’absence apparente de phénotype est d’abord une déception. Au début des années 90, Françoise Poirier se rapproche de la communauté de glycobiologistes des équipes de Sam Barondes, Hakon Leffler et Doug Cooper à San Francisco. Ils décident ensemble de revoir la nomenclature des lectines à affinité pour le lactose et de les baptiser « Galectines », une appellation officialisée par une lettre publiée dans Cell en 1994. A son retour en France en 1992, Françoise rejoint l’Institut Cochin où elle monte une équipe dans l’unité dirigée par Jacques Jami. Son équipe caractérise l’expression des Galectines au cours du développement embryonnaire chez la souris, et démontre que chaque tissu exprime au moins une Galectine. Elle produit aussi des lignées mutantes pour d'autres Galectines, qui vont avec la lignée mutante initiale constituer bientôt des outils précieux pour la communauté scientifique internationale, dans des champs de recherche allant de la biologie du développement, à l’immunologie ou la cancérologie.

En 2001, Françoise Poirier rejoint l’Institut Jacques Monod. Ses travaux ainsi que ceux de ses collaborateurs vont faire peu à peu émerger une image des Galectines agissant en régulateurs subtils de divers processus extracellulaires, nucléaires ou intracellulaires. Les lignées mutantes des Galectines que Françoise Poirier a générées sont toujours activement utilisées en recherche. Elle a modifié notre façon d’envisager le phénotypage des mutants de souris. Son rôle fondateur et fédérateur, qui a contribué à un accroissement exponentiel des connaissances du mode d’action de ces lectines, lui vaut une reconnaissance internationale.

Elle laisse à tous ceux qui ont eu la chance de la rencontrer le souvenir d’une gentillesse et d’une générosité sans limite. A la fois enthousiaste et discrète, attentionnée et réservée, elle aura été pour beaucoup un mentor inoubliable, une collègue et une amie irremplaçable, une scientifique obstinée, passionnée.  

 

"Au nom de l’ensemble de l’UFR, nous souhaitons adresser, à sa famille, à ses enfants et à son mari, Roger Karess, nos plus sincères condoléances et notre amitié en ces moments douloureux." 
Alain Zider et Jean-Marie Dupret
Directeur et Directeur adjoint de l'UFR SDV

"Le directeur et le personnel de l’Institut Jacques Monod, ont la grande tristesse de faire part du décès de Françoise POIRIER,
chef d’équipe et chercheuse à l’Institut, directrice de recherche au CNRS, survenu le samedi 3 mars 2018.
Ils s’associent à la douleur de son mari, Roger Karess et de leurs enfants, Elodie et Gabriel."

Françoise Poirier

Françoise Poirier