Soirée débat
-A +A
22.01.2019
De 18h30 à 20h30 - Amphi Turing - 8 place Aurélie Nemours - 75013 Paris

Race et identité en débats : entre biologie et sciences sociales

Le LabEx Who am I? organise une soirée-débat le mardi 22 janvier 2019 sur le thème Race et identité en débats : entre biologie et sciences sociales

Il s'inscrit dans le cadre du cycle de conférences Questions d'identité, lié à la publication du Dictionnaire encyclopédique de l'identité (dir. J. Gayon), Gallimard. 

 

Débat animé par :

  • François Villa (université Paris Diderot)
  • Jonathan Weitzman (université Paris Diderot)
  • Gaëlle Pontarotti (université Paris Diderot)

 

Avec la participation de :

  • Evelyne Heyer (Muséum National d'Histoire Naturelle)
  • Claude-Olivier Doron (Université Paris Diderot)
  • Magali Bessone (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
  • Michel Raymond (CNRS/Université de Montpellier)

 

Depuis la fin du décryptage du génome humain au début des années 2000 et le développement tant du champ de la médecine génomique que de nombreux domaines commerciaux, notam- ment en matière de généalogie génétique, fondés sur l’analyse des variations du génome, nous assistons à une nouvelle mise en visibilité et en débat de la notion de « race » pour penser les identités aux confins de la génétique et de la biomédecine. Ces débats opposent, en particulier, ceux qui prônent la nécessité de développer tout un vocabulaire et des modes d’analyse nouveaux pour rendre compte de la variation génomique humaine et ceux qui défendent la pertinence de la notion de « race » dans leurs recherches et leurs pratiques.

Le sens de ces oppositions – ainsi que ce que les uns et les autres mettent derrière le terme de « race » - varie assurément selon les différents domaines concernés, depuis la biomédecine jusqu’à la génétique des populations humaines, en passant par des perspectives biologiques plus générales dans lesquelles l’homme n’entre que comme cas particulier. Les sciences humaines et sociales sont loin d’être absentes de ces débats et ont souligné très tôt, en particulier du côté nord-américain, la nécessité de prendre en compte les enjeux historiques, sociopolitiques et économiques de ces questions. Elles l’ont fait avec des effets ambigus.

D’un côté, elles ont joué un rôle important pour problématiser ce retour de la race en génétique et en médecine, en montrant la manière dont étaient construits les catégories et les raisonnements mobilisés dans les travaux scienti- fiques ou quels étaient les usages sociaux de ces savoirs et des identités ainsi produites et les ques- tions considérables qu’ils soulevaient.

D’un autre côté, certains en sciences humaines et sociales se sont emparés de ces « nouveaux » savoirs biologiques soit pour défendre, paradoxalement, une cer- taine conception biologique de la race au nom de certains engagements politiques, soit pour rêver d’une nouvelle conception, biologique et sociale, où sciences sociales et biologiques se renforce- raient et seraient réconciliées.

C’est qu’en effet, dans le même temps où la notion de « race » se trouvait réélaborée en bio-médecine, beaucoup de segments des sciences humaines et sociales, partant de l’idée que « la science » avait bien montré la non pertinence de la notion de « race » au niveau biologique investissaient massivement cette notion comme construction sociale, comme catégorie d’analyse sociologique, philosophique et historique ou comme ressource politique pour interroger les discriminations et les identités sociales. Là encore, un tel investissement de la notion de « race » comme construit social en sciences humaines et sociales ne s’est pas fait sans débats et sans tensions, entre ceux qui considèrent cette catégorie comme pertinente pour analyser les identités produites dans les rapports sociaux, en particulier dans des rapports de domination, et pour en faire l’histoire ; et ceux qui estiment que la catégorie est non pertinente, soit qu’elle décrive mal la complexité des rapports sociaux, y compris des mécanismes de domination, soit qu’elle aboutisse à renforcer les assignations identitaires qu’elle dénonce. Dans le cadre de ces débats, on peut noter la place ambigüe assignée à l’argument biologique, en particulier dans les tentatives récentes de mobiliser l’épigénétique pour étayer l’idée que les mécanismes sociaux de discriminations et d’oppression peuvent s’inscrire sur l’épigénome et, en quelque sorte, re-biologiser les races socialement construites.

L’objectif de notre débat, qui réunit deux chercheurs en biologie et deux chercheurs en sciences humaines et sociales, est de proposer une réflexion sur certains des enjeux posés par ces évolutions.

 

Thématique >
Nature >
Laboratoire

LabEx Who am I?

Le Laboratoire d'Excellence Who am I? est un projet ambitieux qui vise à adresser la question fondamentale des bases de l'identité. Regroupées en un partenariat multidisciplinaire, des équipes de biologistes, physiciens, sociologues et...